15.04.2009

Liberté !

De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?
Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
Et si la servitude inutile des bêtes
Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ?
Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?
Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre ?
Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux ?

Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !
Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde.
Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchants ?
À tous ces enfermés donnez la clef des champs !
Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;
Les âmes expieront tout ce qu'on fait aux ailes.
La balance invisible a deux plateaux obscurs.
Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
Du treillage aux fils d'or naissent les noires grilles ;
La volière sinistre est mère des bastilles.
Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux !
Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.
Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant
Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?
Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre.
Toute l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre
Se penche, et te dévoue à l'expiation.
Je t'admire, oppresseur, criant: oppression !
Le sort te tient pendant que ta démence brave
Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave
Et la cage qui pend au seuil de ta maison
Vit, chante, et fait sortir de terre la prison.

Victor Hugo

Décès de l'écrivain du "Chant des partisans", Maurice Druon

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L'académicien et ancien ministre Maurice Druon est décédé mardi à quelques jours de ses 91 ans, a annoncé à l'AFP Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française.

Ecrivain particulièrement fécond, ministre des Affaires culturelles en 1973-74, Maurice Druon est mort vers 18H00 à son domicile parisien.

Né le 23 avril 1918 à Paris, d'un père russe originaire d'Orenbourg dans l'Oural, il avait été élu à l'Académie française en 1966 à 48 ans. Il avait reçu le Prix Goncourt en 1948 pour son ouvrage "Les Grandes Familles".

Auteur du "Chant des partisans" avec son oncle Joseph Kessel, Maurice Druon avait également publié la monumentale fresque "Les Rois maudits", dans laquelle il évoquait la décadence des derniers Capétiens.

"C'était un ami très proche, c'est une perte immense pour l'Académie", a dit Mme Carrère d'Encausse à l'AFP. "Il était la mémoire de l'Académie, il en connaissait les usages et les habitudes", a-t-elle ajouté.

Maurice Druon avait été élu secrétaire perpétuel de l'Académie française en 1985, une fonction de laquelle il avait démissionné en 1999 pour se consacrer à l'écriture. "J'ai passé 19 ans avec lui. C'est lui qui a désiré que je prenne sa succession", a souligné Mme Carrère d'Encausse.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage à l'académicien, le qualifiant de "grand écrivain, grand résistant, grand homme politique, grande plume et grande âme". "Maurice Druon restera avant tout dans l'histoire comme celui qui a écrit le +Chant des Partisans+, avec son oncle Joseph Kessel. Il a risqué sa vie en Résistant, et cette flamme, cette passion de la France et de la liberté, ne l'a jamais quitté", a-t-il souligné.

Maurice Druon a consacré une grande partie de sa vie et sa carrière à la défense de la langue française, en tant qu'écrivain, député, ministre et académicien. Son oeuvre est notamment marquée par la trilogie "La Fin des hommes" ("Les Grandes Familles" (1948), "La Chute des corps" (1950), "Rendez-vous aux enfers" (1951)), et par "Les Rois maudits", devenus une série télévisée très populaire.

Le Premier ministre, François Fillon, a également rendu hommage à l'"homme d'action et d'intelligence, dont l'oeuvre porte témoignage de l'histoire d'une génération". Hommage également du ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a qui salué "un combattant de la Liberté profondément attaché aux valeurs du gaullisme et à la grandeur de la France".

A 90 ans, Maurice Druon était le doyen d'élection de l'Académie française, le doyen d'âge étant Claude Lévi-Strauss, qui a fêté ses 100 ans en 2008.

pour écouter le chant des partisans:

 http://www.youtube.com/watch?v=GO8bui70-M0

 

11.04.2009

Hommage à René Monory

René Monory, le 18 mars 2005 au Futuroscope de Poitiers

© 2009 AFP (Derrick Ceyrac)

Figure de la Ve République, Réné Monory , ancien président du Sénat (1992-1998) et "père" du Futuroscope, est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à Loudun (Vienne) dans sa maison familiale à l'âge de 85 ans, entouré des siens.

René Monory, qui fut longtemps maire de Loudun, sa ville natale, est mort peu avant 01H00 dans sa propriété de Beaurepaire, entouré de son épouse et de sa fille.

Ses obsèques auront lieu jeudi à 11H00 en l'église Saint-Pierre de Loudun où il sera inhumé, a-t-on appris auprès du conseil général.

L'ex-ministre centriste, gravement malade depuis une dizaine d'années, avait été plusieurs fois hospitalisé ces derniers mois.

En février 2008, il avait été opéré d'une occlusion intestinale, puis admis en soins intensifs pour des problèmes respiratoires. Réhospitalisé en août 2008 pour des problèmes respiratoires, il avait insisté pour revenir à Loudun se reposer auprès des siens.

Le président Nicolas Sarkozy a salué son "humanisme" qui s'exprimait "non seulement dans sa conception de l'homme qu'il plaçait au coeur de l'action publique, mais également dans sa conviction de la nécessité d'offrir à ses contemporains la possibilité d'accéder au plus vaste savoir".

Le Premier ministre François Fillon a exprimé sa "très grande tristesse", saluant "le parcours exceptionnel d'un homme d'origine modeste", alors que le président du Sénat Gérard Larcher l'a qualifié de "visionnaire".

L'ex-président de la République Jacques Chirac a lui aussi salué avec "grande émotion" cette "figure" de la Ve République, tandis que Valéry Giscard d'Estaing a rendu hommage à "un homme attachant au profil exceptionnel".

Christian Poncelet (UMP), qui avait battu René Monory en 1998 alors que ce dernier était candidat à sa reconduction à la présidence du Sénat, a rendu hommage à l'"homme de réformes" et à "l'enfant de la République".

Le président du MoDem François Bayrou a quant à lui souligné sa "liberté de penser" et à gauche, Martine Aubry, première secrétaire du PS, a salué la mémoire d'un "grand humaniste".

Ségolène Royal, présidente PS de la région Poitou-Charentes, a évoqué "la carrière politique de cet autodidacte qui (...) accéda aux plus hautes fonctions de la République en demeurant très attaché à son département".

Né le 6 juin 1923, René Monory était un homme simple et secret. Fils d'un mécanicien et d'une employée de ferme, certificat d'études pour tout diplôme en poche, il avait débuté sa vie professionnelle comme apprenti dans le garage paternel.

Celui qui aimait à dire "Croyez-moi, les mains dans le cambouis, je les y ai mises" avait rapidement transformé l'affaire en une prospère concession automobile, ce qui lui vaudra le surnom de "garagiste de Loudun".

Entré en politique à la fin des années 1950, surnommé "le Sheriff" pour son tempérament bourru, cet homme a notamment été maire de Loudun et élu au conseil général de la Vienne qu'il a aussi présidé.

Il a siégé au Sénat et l'a présidé de 1992 à 1998.

Ce passionné de nouvelles technologies fut également l'un des fondateurs du Futuroscope. Un message devait y être lu au public samedi soir, "avec une demande d'applaudissements pour geste de reconnaissance pour l'oeuvre accomplie" par M. Monory.

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